D’après l’article de Olivier Berthod, Thomas Blanchet, Henner Busch, Conrad Kunze, Colin Nolden et Michelle Wenderlich, paru sous le titre “The Rise and Fall of Energy Democracy: 5 Cases of Collaborative Governance in Energy Systems”, dans Environmental Management, 2023

économie décarbonée et prosommateurs

Quels enjeux ?

La transition des énergies fossiles vers les énergies renouvelables est un enjeu majeur pour atteindre l’objectif d’une économie décarbonée. Cette transition est non seulement technologique, mais elle s’appuie sur une acceptation sociale et économique au cœur de laquelle figure la démocratie énergétique (DE), qui tentent de faire émerger des « prosommateurs » (à la fois producteurs et consommateurs). Les initiatives de DE découlent de processus collaboratifs de décisions au niveau local qui visent à promouvoir les énergies renouvelables, mais qui peuvent se heurter aux résistances des acteurs installés (industries produisant ou utilisant des énergies fossiles) qui ont des objectifs sociaux, politiques et économiques divergents. Comment garantir le succès de la DE et sur quelle structure de gouvernance collaborative (GC) s’appuyer ?

Question de recherche

  • Comment les acteurs sociaux s’efforcent-ils d’introduire les concepts de démocratie énergétique dans les systèmes énergétiques locaux et dans quelle mesure les processus de gouvernance collaborative influencent les résultats de leurs actions ?

Données et méthodes

L’étude d’Olivier Berthod et coauteurs rend compte de cinq cas types de transition énergétique locale impliquant des acteurs hors secteurs énergétiques traditionnels, s’associant sous des formes variées de démocratie énergétique et de gouvernance collaborative. Ces cinq cas types concernent des projets de conversion énergétique dans les villes allemandes de léna et Berlin, à Minneapolis (USA), en Angleterre et à Kalmar (Suède). Les données proviennent d’entretiens avec les acteurs (entre 5 et 75 selon les villes) et de documents collectés auprès des acteurs. Ce matériau est transformé en variables qualitatives retraçant les modalités de DE et de GC, et permettant d’établir une typologie des cas-types. Les objectifs des projets vont de la prise de participation de citoyens dans le financement d’une régie municipale (Iéna), à la remunicipalisation des services électriques (Minneapolis et Berlin), le développement d’un prototype de train fonctionnant à l’énergie solaire (Angleterre), la création d’un parc solaire (Kalmar). Chaque projet fait l’objet d’une présentation détaillée. 

Messages clés

  1. Sur les cinq expériences étudiées, seul le projet suédois a réussi. Cette réussite repose sur l’initiative top-down portée par un service public traditionnel qui s’est ouvert à une approche plus participative et qui a débouché sur une véritable démocratie énergétique
  2. Les autres projets qui procédaient d’une élaboration bottom up ont échoué, partiellement ou totalement, parce qu’ils se sont heurtés à des procédures légales contraignantes ou parce que les acteurs traditionnels en ont empêché le développement
  3. La forme, ouverte ou fermée, de la participation citoyenne à l’élaboration, au développement ou au financement du projet est cruciale pour sa réussite
  4. Dans les cas de Berlin et Minneapolis, des citoyens se sont coordonnés pour faire évoluer les contrats de fourniture d’électricité, en tentant d’évincer les fournisseurs d’énergie fossile. Sur le papier, les principes démocratiques étaient respectés, mais l’exigence d’un seuil minimal de participants au référendum d’initiative local a réduit l’ambition du projet (Berlin) ou les oppositions des entreprises installées ont bloqué le projet et son financement (Minneapolis)
  5. Dans le cas de Iéna, la participation citoyenne a été ouverte d’emblée, sous la forme d’une structure coopérative, qui a contribué à la DE. Le projet a partiellement échoué, car les sociétaires de la coopérative ont préféré une distribution des bénéfices plutôt qu’un réinvestissement dans le développement d’énergies renouvelables, se heurtant ainsi aux citoyens non sociétaires
  6. Si ces cinq cas ne sauraient être représentatifs de l’ensemble des stratégies d’ouverture ou de restriction à la DE, ils montrent que des processus de décision collaboratifs ne sont pas suffisants pour surmonter des oppositions entre groupes aux intérêts divergents

Mots clés : démocratie énergétique, gouvernance collaborative, transition énergétique.