Recherche

Thomas BLONSKI

Thomas Blonski, docteur en sciences de gestion (ESCP – Paris Panthéon Sorbonne). Professeur assistant à ICN Business School (Paris). Ses recherches portent sur les interventions artistiques en organisation et sur les industries culturelles et créatives, en particulier en ce qui concerne l'apprentissage de la créativité et l'ambidextrie organisationnelle.

Les enjeux de l’étude

La créativité est une compétence essentielle à la survie des organisations. L’art, domaine d’expression de la créativité par excellence, est devenu une source d’inspiration pour les organisations : les aptitudes créatives des artistes seraient transférables aux managers qui pourraient in fine améliorer leurs performances. Pour séduisante que soit l’approche des « interventions artistiques dans les organisations » (IAO), cette thèse de la transférabilité butte sur trois critiques :  

  • technique : comment mettre l’IAO en pratique et comment en mesurer l’efficacité ?
  • conceptuelle : la créativité artistique est radicalement différente de la créativité managériale 
  • représentationnelle : la manière dont on se représente l’art, dans ses dimensions intangible, spirituelle, voire transcendantale, rend impossible l’hybridation avec le management

Ces critiques s’accommodent d’une vision esthétique de l’art, compatible avec l’art classique qui valorise l’harmonie, la beauté formelle et l’ingéniosité de l’artiste. En revanche, l’art contemporain ouvre un nouveau paradigme qui privilégie l’intention, le message et la rupture. 

Les questions de recherche

Comment l’art contemporain, en renonçant à l’esthétisme et au savoir-faire codifié, peut-il contribuer à de meilleures performances managériales ? Comment peut-il dépasser les critiques technique, conceptuelle et représentationnelle de l’approche IAO ?

Méthodes et données

Pour répondre à ces questions, l’auteur s’appuie sur un dispositif de formation spécifique, les séminaires d’art-thinking. Proposés initialement aux étudiants d’école de commerce, les séminaires se sont ouverts aux managers. Ils se déroulent sur trois jours, en répartissant les participants en groupes de cinq (en moyenne). Les sessions créatives alternent avec des cours fondamentaux d’histoire de l’art contemporain et et d’entrepreneuriat. Le premier jour, chaque groupe définit un projet d’art contemporain, qu’il élabore le deuxième jour, et qu’il expose formellement dans un lieu de prestige à l’issue du troisième jour.

L’auteur a collecté un ensemble de données et documents relatifs à ces séminaires qui existent depuis une quinzaine d’années. Ce corpus a été complété par une observation non participante d’un séminaire complet, et de quelques vernissages. Enfin, il a mené 27 entretiens semi-directifs auprès de toutes les parties prenantes du séminaire (dont 5 formateurs et artistes et 14 managers et dirigeants).

Les messages clés 

Le séminaire d’art-thinking déstabilise les participants dans un premier temps : le projet artistique apparaît hermétique, impossible à définir et mettre en œuvre 

Lorsque les rudiments de l’art contemporain sont enseignés, notamment la rupture avec l’esthétisme et avec le présupposé d’un don naturel de l’artiste, les participants s’approprient la démarche qui consiste à partir d’un objet ou d’une idée, à faire un pas de côté pour en développer un point de vue nouveau

Cette appropriation, qui transpose, détourne ou adapte l’objet artistique, fait sens pour les managers : l’art post-esthétique est vu comme une méthode professionnelle de communication plutôt qu'une inspiration transcendantale

Le séminaire d’art-thinking mime les situations managériales dans lesquelles se succèdent une phase de déstabilisation, puis de révélation, puis de renforcement : la capacité à surmonter l’incertitude renforce le manager dans sa capacité à innover

L’art contemporain permet cette séquence car il rompt avec les représentations de l’art classique qui empêchent l’expression de la créativité, du sens, par son esthétisme formel

Utiliser l’art pour favoriser l’innovation et la créativité dans les organisations n’est pas une démarche vaine, pourvu que soit dépassée la représentation intimidante de l’art classique.